Elle avait juré qu’elle ne le toucherait jamais. Puis le monde s’est éteint… et il ne restait plus qu’eux deux.
Je lui avais dit clairement : « Je ne coucherai jamais avec toi. Même si on est les deux seuls à rester sur Terre. »
Élias avait souri de ce sourire un peu trop sûr de lui qui m’avait toujours agacé. On se connaissait depuis l’avant. Collègues. Rivaux. Parfois amis malgré nous. Jamais plus. J’avais toujours trouvé son assurance irritante, et lui mon caractère trop tranché. On se tolérait. Rien d’autre.
Puis le ciel avait changé de couleur. Les villes s’étaient tues une à une. Les réseaux étaient morts. Les rues, vides. Et nous voilà, deux semaines plus tard, dans une chambre abandonnée d’un immeuble délabré, loin de tout ce qui avait existé.
La pluie acide frappait les vitres cassées. Le vent s’engouffrait dans les couloirs comme une plainte. Dehors, le monde n’était plus qu’ombres et cendres. Dedans, il n’y avait que la faible lueur d’une bougie, un matelas poussiéreux et nous deux.
Je n’avais pas dormi depuis presque trois jours. La fatigue me rendait nerveuse. Élias, lui, restait calme. Trop calme.
Quand les choses ont basculé, ça s’est fait sans bruit.
Un grincement dans l’escalier. Des pas trop lourds. Des silhouettes. Des survivants devenus fous, ou pire. Ils ont forcé la porte du bas. J’ai entendu leurs voix. Élias m’a tirée dans l’ombre sans un mot. Sa main sur ma bouche. Son corps collé au mien derrière une cloison à moitié effondrée.
Ils sont montés. On a retenu notre souffle. L’un d’eux est passé si près que j’ai senti l’odeur de sueur et de métal. Élias a bougé le premier. Un geste précis, silencieux. Un corps est tombé. Puis un autre. Il m’a poussée vers la fenêtre de secours pendant qu’il finissait ce qui devait l’être.
On a couru dans la nuit pourrie. On a grimpé, glissé, saigné. À un moment, j’ai trébuché. Une main a attrapé ma cheville. Élias est revenu. Il a frappé. Il m’a soulevée. Il m’a portée presque jusqu’à ce que mes jambes veuillent à nouveau me porter.
Quand on a enfin trouvé refuge dans cette chambre du sixième étage, les portes barricadées, le silence est retombé comme une chape.
Je tremblais. Pas de froid. De trop de choses en même temps. La peur encore coincée dans ma gorge. Le souvenir de cette main sur ma cheville. Et surtout lui. Lui qui avait risqué sa peau pour moi sans une hésitation.
Il s’est assis contre le mur, le souffle court, une entaille au front. Je me suis agenouillée près de lui pour nettoyer la plaie avec ce qui restait d’eau propre. Ses yeux ne me quittaient pas.
« Tu m’as sauvé la vie », ai-je dit. Ma voix était rauque.
Il a haussé une épaule. « T’aurais fait pareil. »
Non. Pas forcément. Et c’est ça qui me brûlait.
La bougie tremblait. Dehors, le vent hurlait. Dedans, il n’y avait plus que le bruit de nos respirations et le poids de tout ce qu’on avait perdu. Je l’ai regardé vraiment. Les traits tirés, la mâchoire serrée, cette façon qu’il avait de toujours sembler prêt à encaisser le prochain coup. Pour la première fois, je n’ai plus vu l’homme qui m’agaçait. J’ai vu le seul être vivant qui restait. Celui qui m’avait arrachée à la mort.
« Je ne coucherai jamais avec toi… », ai-je répété, presque pour moi-même.
Il a penché la tête. « Je sais. »
Alors, j’ai fermé la distance.
Mes lèvres ont trouvé les siennes sans douceur. C’était urgent, presque violent. Contre le monde. Contre la peur. Contre toutes les fois où j’avais détourné les yeux. Il a répondu avec la même intensité. Ses mains dans mes cheveux, les miennes sur son visage, sur ses épaules, sur tout ce qui restait solide.
«J’ai envie de toi»
On est tombés sur le matelas poussiéreux. Les vêtements sont partis par pans. Je n’ai pas voulu qu’il fasse le travail. C’est moi qui l’ai déshabillé. Chemise arrachée. Pantalon ouvert. Je voulais le voir. Tout. Sa peau marquée par les jours de survie, les muscles tendus encore sous l’adrénaline, cette force qui m’avait portée.
«J’ai envie de t’embrasser partout…»
Je me suis agenouillée entre ses jambes. Mes lèvres ont glissé le long de son ventre, puis plus bas. Je l’ai pris en bouche sans préambule, profondément, comme si je voulais le remercier avec tout mon corps. Ses doigts se sont crispés dans mes cheveux. Un son rauque lui a échappé. J’ai ralenti exprès, puis accéléré, le regard levé vers lui. Je voulais le voir perdre le contrôle. Je voulais être celle qui lui donnait ça après tout ce qu’il avait donné.
«Je veux te faire jouir»
Quand j’ai senti qu’il était au bord, je me suis redressée. Je me suis strippée du reste de mes vêtements et je me suis assise à califourchon sur lui. Lentement. Jusqu’à le sentir entièrement en moi. On a tous les deux retenu notre souffle.
Je me suis mise à bouger. D’abord, avec une lenteur presque cruelle, pour savourer chaque centimètre. Puis plus fort. Plus vite. Mes mains sur sa poitrine, mes hanches qui cherchaient le rythme exact qui me faisait perdre la tête. Il me tenait par la taille, me guidait, me soulevait parfois pour mieux me rattraper. On se regardait. Dans le noir presque total, ses yeux brillaient.
« Plus fort », ai-je soufflé.
Il a obéi. D’un mouvement fluide, il m’a retournée sur le dos et s’est enfoncé en moi d’un seul coup. J’ai mordu dans son épaule. Il a gémi contre mon cou. On a bougé comme si le sol pouvait s’ouvrir sous nous. Vite. Profond. Ses hanches claquaient contre les miennes. Mes jambes se sont enroulées autour de sa taille, puis plus haut. Je l’ai tiré encore plus près, encore plus profond. Je voulais tout. Tout ce qu’il avait. Tout ce qu’il pouvait me donner.
« Continue… plus fort…plus vite…Oh OUI…prends-moi»
Ses doigts ont glissé entre nous. Il a trouvé le point exact. J’ai crié contre sa bouche. Le plaisir est monté trop vite, trop fort. J’ai basculé en premier, le corps entier tendu, les ongles plantés dans son dos. Il m’a suivie quelques secondes plus tard, avec un gémissement sourd, enfoncé jusqu’à la garde, le front collé au mien.
On est restés ainsi, essoufflés, collés l’un à l’autre, à écouter le vent qui continuait de hurler dehors. Sa main traçait des cercles lents dans mon dos. Je respirais l’odeur de sa peau mélangée à la poussière et à la peur.
« Tu avais dit jamais », a-t-il murmuré.
J’ai souri contre son épaule, encore tremblante.
« Le monde a changé les règles. »
Dehors, quelque chose grince encore dans le noir. Dedans, pour la première fois depuis la fin, j’ai fermé les yeux sans avoir peur de ne plus les rouvrir.
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