Un crush. Une chemise entrouverte. Et soudain, tout bascule.
C’était l’afterwork du jeudi soir, dans un bar du centre-ville. On était cinq ou six de l’équipe autour d’une grande table haute. J’avais commandé une tournée pour tout le monde. Quand je suis revenu avec les bières, Matt m’a regardé avec un petit sourire.
Il avait vingt-quatre ans, bien bâti, barbe fournie, une voix grave qui portait même au milieu du brouhaha. Il portait une chemise noire déboutonnée assez bas qui laissait voir son torse musclé, et un pantalon en lin beige, froissé, qui lui tombait parfaitement sur les hanches. Il était… dévastateur.
Il a pris son verre et m’a lancé :
— Merci pour la tournée. T’es le nouveau, c’est ça ?
— Ouais, ça fait deux mois, ai-je répondu en essayant de paraître détendu.
— Et alors, t’aimes l’ambiance ici ?
— C’est sympa. Les gens sont plutôt cool.
Il a ri doucement, ce rire grave qui m’a fait frissonner.
— Cool, hein ? Tu dis ça parce que t’as encore pas vu tout le monde en mode afterwork. Attends deux heures et tu verras le vrai spectacle.
On a continué à discuter quelques minutes. Plus le temps passait, plus j’avais du mal à détacher mon regard de son torse. Il s’en est forcément rendu compte.
Puis il s’est penché un peu plus près de moi et m’a glissé à l’oreille, avec sa voix basse :
— Tu sais… si tu continues à me regarder comme ça, on va finir par avoir un problème tous les deux.
La phrase m’a traversé comme une décharge. Était-ce une simple remarque ? Une invitation ? Je n’arrivais pas à trancher.
Quelques minutes plus tard, je me suis levé pour aller aux toilettes Matt m’a suivi du regard.
À peine entré, la porte s’est rouverte derrière moi. C’était lui.
« Je crois que tu ne m’as pas compris », a-t-il soufflé en m’attrapant par la nuque. Il a rapproché ses lèvres, s’arrêtant à quelques centimètres des miennes dans une invitation silencieuse que je saisis. Son baiser était direct, exigeant. Sa barbe frottait contre ma joue tandis que sa langue cherchait la mienne avec urgence. Mes mains glissaient sous sa chemise, sentant la chaleur de sa peau et les muscles tendus de son dos. Il me plaquait contre le mur carrelé, une main descendant déjà sur ma ceinture.
Les vêtements tombaient rapidement. Sa chemise ouverte, mon polo par terre. Ses doigts experts sur moi, les miens qui exploraient son torse, son ventre plat. Il grognait doucement contre mon oreille quand je le caressais, ce son rauque qui me faisait perdre pied. On se touchait avec une faim presque désespérée, mains glissant, caresses fermes, souffles mêlés. Il m’a retourné, frottant son érection contre mes fesses tout en continuant à me branler de plus en plus vite. J’étais complètement perdu dans le plaisir, pantalon sur les chevilles, chemise ouverte…
« Hé, ça va ? »
La voix de Matt, réelle cette fois, juste à côté de moi. Il revenait avec deux nouvelles bières. J’ai cligné des yeux, le cœur encore battant comme si je sortais vraiment d’une scène torride. Mes joues étaient probablement rouges.
Il m’a tendu une pinte, un sourire en coin.
« Tu avais l’air ailleurs. »
J’ai ri nerveusement. « Ouais… longue semaine. »
Ses yeux se sont attardés un instant de plus. Cette petite étincelle, encore. Ou peut-être que je l’imaginais. Il a repris sa place parmi les collègues, mais je sentais son attention revenir régulièrement vers moi. Comme une promesse silencieuse.
La soirée a continué. Des conversations anodines. Des rires. Et moi, avec ce secret brûlant dans la tête : l’image de son corps contre le mien, de ses mains, de cette urgence contenue qui n’avait existé que dans mon esprit… pour l’instant.
Quand tout le monde a commencé à partir, il est resté un peu plus longtemps près de moi.
« On se voit lundi ? » a-t-il demandé, la voix un peu plus basse.
J’ai hoché la tête. « Lundi. »
Il est parti avec un dernier regard. J’ai terminé ma bière seul au comptoir, un sourire idiot sur les lèvres.
Rien ne s’était passé.
Et cette frustration était presque aussi forte que le plaisir que j’avais imaginé.







