On avait commandé ce calendrier un peu par défi. On ne savait pas encore qu’il allait tout changer.
Le colis est arrivé un mardi matin, discret, emballé comme un cadeau ordinaire. À l’intérieur, un grand calendrier de l’Avent. Vingt-quatre petites portes numérotées. Rien d’autre. Pas de notice.
Eloïse a levé un sourcil en me regardant.
« Tu es sûr que c’est une bonne idée ? »
J’ai haussé les épaules. On était mariés depuis six ans. On s’aimait. On se connaissait par cœur. Mais ces derniers mois, quelque chose s’était un peu endormi. Les soirées trop prévisibles. Les gestes trop automatiques. Alors on avait commandé ça. Un calendrier de l’Avent érotique pour couple. Un jeu. Une tentative.
Le 1ᵉʳ décembre, on a ouvert la première case ensemble, assis en tailleur sur le canapé.
Dedans : un jeu de cartes érotique. Des défis, des questions, des permissions. Rien de trop extrême. Juste assez pour faire monter la température.
On a tiré une carte chacun. La mienne disait : « Fais-lui un compliment précis sur son corps, puis embrasse l’endroit que tu viens de décrire. »
La sienne : « choisis une zone de son corps et passe cinq minutes à l’explorer uniquement avec ta bouche. »
On a ri. Puis on a obéi. J’ai parlé de la courbe exacte de sa nuque, de la façon dont sa peau changeait de texture juste sous l’oreille. Puis, j’ai embrassé sa nuque. Elle a commencé par mon ventre. Cinq minutes, c’était long. Assez long pour que mon souffle change. Assez long pour que je la regarde autrement. Assez long pour que sa langue lèche chaque centimètre de mon ventre. Assez long pour que j’imagine tout lui faire. Dès que sa langue descendait vers le bas de mon ventre, j’espérais qu’elle descende encore plus bas.
Ce soir-là, on n’a pas eu besoin d’aller beaucoup plus loin. Le jeu avait déjà fait son travail.
En rangeant les cartes, Eloïse a murmuré, presque pour elle-même :
« J’ai déjà hâte d’être demain… Je suis trop curieuse de savoir ce qu’il y a derrière la prochaine porte. »
Les jours suivants ont amené d’autres surprises. Jusqu’à ce qu’on ouvre la case qui contenait les menottes.
Elles étaient douces, en tissu épais, avec une attache solide mais confortable. Eloïse les a fait tourner entre ses doigts, un sourire en coin.
« À toi de choisir », a-t-elle dit.
J’ai choisi de les lui mettre.
Je l’ai attachée aux montants du lit, les bras relevés, le corps entièrement offert. Elle n’avait plus le droit de me toucher. Seulement de recevoir. J’ai pris mon temps. Mes lèvres sur sa gorge, sur ses seins, sur le creux de ses hanches. Je l’ai fait attendre. Elle tirait parfois sur les menottes, juste pour sentir la résistance, et ce petit geste me rendait presque fou. Je n’avais qu’une envie, la satisfaire. Je me suis penché entre ces cuisses et je l’ai léché. Au début, elle arrivait encore à se contrôler mais après quelques minutes, elle n’y arrivait plus et laissait échapper des gémissements qui se faisaient plus forts, plus intenses. Elle voulait maintenant que je la prenne. Quand je suis enfin entré en elle, elle a poussé un long soupir, les hanches déjà cherchant le rythme. On a avancé lentement d’abord, puis plus fort. Chaque fois qu’elle essayait d’accélérer, je ralentissais. Chaque fois qu’elle gémissait mon prénom, je m’enfonçais un peu plus profond. Elle a joui en me regardant droit dans les yeux, incapable de me griffer le dos, contrainte de tout prendre. Ce détail-là m’a fait basculer juste après elle.
Plus tard, encore un peu essoufflée, elle a posé sa tête sur mon épaule.
« Demain… tu crois qu’on aura quelque chose d’aussi intense ? J’ai trop hâte. »
Quelques soirs plus tard, c’est le stimulateur clitoridien qui est apparu derrière une petite porte.
Eloïse l’a regardé avec une curiosité presque scientifique. On a lu la notice ensemble. Puis elle s’est allongée, les cuisses entrouvertes, et m’a tendu l’appareil.
« À toi. »
J’ai commencé doucement. Trop doucement, d’après elle. Elle a posé sa main sur la mienne pour m’indiquer le rythme exact. Le contact précis. L’intensité. Je l’ai regardée changer sous mes yeux. Ses lèvres s’ouvrirent. Son ventre se contracter. Ses hanches se soulever malgré elle. Quand elle a commencé à perdre le contrôle, j’ai glissé deux doigts en elle sans arrêter le stimulateur. Elle a crié. Un vrai cri, rauque, surpris. Elle a joui tellement fort que ses cuisses ont tremblé longtemps après. Je n’avais encore rien fait pour moi. Elle m’a tiré contre elle, m’a fait entrer d’un seul mouvement, et on a continué dans l’urgence, encore tout marqués par ce qu’elle venait de vivre.
En éteignant la lumière, elle a glissé une jambe entre les miennes.
« Je suis trop curieuse de savoir ce qu’ils vont encore inventer… J’ai déjà hâte d’ouvrir la prochaine case. »
Puis il y a eu le cockring.
Celui-là, elle l’a choisi pour moi. Elle l’a glissé autour de mon sexe avec une concentration presque solennelle, puis elle m’a regardé.
« Maintenant, tu vas rester longtemps en moi. »
Elle avait raison. La pression changeait tout. Chaque mouvement était plus intense. Plus précis. Je restais dur, présent, conscient de chaque centimètre. Elle s’est mise à califourchon, les mains sur ma poitrine, et a pris le rythme qu’elle voulait. Lent au début. Puis plus exigeant. Je la sentais se resserrer autour de moi à chaque descente. Quand elle a penché le buste pour m’embrasser, j’ai senti qu’elle était proche. J’ai glissé une main entre nous, j’ai retrouvé le stimulateur qu’on avait gardé à portée. Je l’ai allumé juste contre elle pendant qu’elle continuait à me chevaucher. Elle a joui en premier, le front collé au mien, un gémissement long et brisé. J’ai suivi quelques secondes plus tard, plus profondément que d’habitude, le cockring prolongeant chaque vague.
On a testé ces quatre objets dans tous les sens. Seuls. Ensemble. Dans l’ordre. Dans le désordre. Parfois le jeu de cartes décidait de la soirée. Parfois c’étaient les menottes. Parfois le stimulateur restait allumé pendant que je la prenais lentement. Parfois elle me mettait le cockring et me faisait attendre jusqu’à ce que je la supplie presque.
Chaque soir, avant de s’endormir, l’un de nous finissait par dire la même chose :
« J’ai tellement hâte d’être demain. » ou « Je suis trop curieuse de savoir ce qu’il y a derrière la prochaine porte. »
À la mi-décembre, on n’attendait plus seulement le 24. On attendait chaque soir. Le moment où on s’asseyait l’un en face de l’autre, où on ouvrait la petite porte, où on découvrait ce que le calendrier avait décidé pour nous.
Le 25 décembre, Eloïse a regardé le calendrier vide, puis m’a regardé.
« Oh non… c’est fini. »
On est restés un moment silencieux. Puis elle a souri, un peu nostalgique, un peu amusée.
« On a tout essayé, non ? »
Oui. On avait tout testé. Et pourtant, ce soir-là, on n’a eu besoin d’aucun objet. Juste nos corps. Nos mains. Nos bouches. La connaissance précise de ce qui faisait tressaillir l’autre. On a fait l’amour longtemps, sans urgence, en prenant le temps de tout savourer.
Comme si on découvrait encore une sensation après six ans et vingt-quatre cases.
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