Une histoire, deux points de vue. Vous êtes sur sa version à elle. [Lire sa version à lui →]
Le matin après. Un café. Et une meilleure amie qui veut tout savoir.
On était assises en tailleur sur mon lit, deux tasses de café déjà tièdes entre nous. Elle n’avait même pas enlevé son manteau. Elle m’a regardée avec cet air que je connais trop bien.
« Alors. Tu vas me raconter ou je dois te supplier ? »
J’ai soufflé, un peu rouge déjà. « Ok. Mais tu te moques pas. »
« Jamais. Enfin… presque jamais. Vas-y. »
J’ai inspiré. « Hier… on l’a fait. »
Elle a ouvert de grands yeux, puis un sourire énorme. « Putain. Sérieux ? »
« Sérieux. »
Je me suis reculée contre le mur, les genoux remontés. « Mais avant même qu’il arrive, j’étais déjà en mode panique totale. J’ai essayé genre cinq tenues différentes. La jupe, trop sérieuse. Le jean, trop banal. Le top un peu décolleté, trop évident. J’ai fini en chemise un peu large, parce qu’au moins je pouvais la déboutonner sans avoir l’air d’avoir tout prévu. Et j’ai rangé ma chambre comme une folle. Draps propres, coussins bien placés, les trucs qui traînaient balancés dans le placard. Comme si un lit nickel allait rendre le truc moins flippant. »
Elle a ri. « Classique. »
« Grave. Et je stressais. Genre vraiment. J’avais peur que ça fasse mal, peur d’être nulle, peur qu’il trouve mon corps bizarre, peur de pas savoir quoi faire de mes mains. Tout le package. »
Je lui ai raconté la pharmacie. Comment il était arrivé avec un sachet en papier kraft, l’air d’avoir volé quelque chose. Quand on a ouvert, il y avait des préservatifs… et du lubrifiant à la fraise.
Elle a éclaté de rire. « À la fraise ? »
« À la fraise. Je lui ai dit : “on va sentir la tarte.” Il était rouge jusqu’aux oreilles. »
On a ri toutes les deux.
« Ensuite on est rentrés chez moi. C’était trop silencieux. J’ai mis de la musique pour pas qu’on entende nos nerfs. On s’est avoué qu’on stressait. Ça a un peu aidé. »
Elle hochait la tête, accrochée à chaque mot.
« Après… on a commencé à se déshabiller. Et là, le soutien-gorge. » Je me suis passé une main sur le visage. « Il a galéré comme pas possible. Il tirait, il ratait l’agrafe, il s’excusait. Moi je riais nerveusement, j’arrivais plus à m’arrêter. À un moment, je lui ai proposé de le faire moi-même, il a dit “non j’y suis presque”. Trois essais plus tard, ça a cédé. On avait le front l’un contre l’autre, on riait comme des idiots. »
« Et après ? »
« Après on s’est allongés. C’était… doux. Beaucoup de bisous. Beaucoup de caresses un peu maladroites. Lui il avait peur de trop appuyer, moi j’avais peur de pas savoir quoi faire de mes mains. On était les deux en train de découvrir en même temps. »
J’ai marqué une pause. Le souvenir du préservatif m’est revenu.
« Le préservatif… il n’arrivait pas à le mettre. Il le tournait dans tous les sens. Je lui ai demandé “t’as besoin d’aide ?”. Il a dit oui, tout rouge. Je l’ai aidé. On a mis le lubrifiant à la fraise. Trop, clairement. Ça sentait la barquette de fruits. »
Elle riait encore, mais plus doucement maintenant.
« Et… le moment où… tu vois. »
« Ouais. »
« Ça a pas marché tout de suite. Il a essayé, ça passait pas. Il a un peu forcé, j’ai crispé les dents. Lui s’est arrêté direct, paniqué. “Je te fais mal ?”. Je lui ai dit d’attendre, que c’était nouveau pour moi aussi. On a réessayé plus lentement. Ça a passé. »
J’ai baissé un peu les yeux, cherchant mes mots. « Au début… ça tirait. Pas super agréable. C’était étrange. Genre mon corps comprenait pas encore ce qui se passait. J’avais l’impression d’être trop consciente de tout : de la pression, de la chaleur, de sa respiration contre mon cou, de mes propres mains qui savaient plus où se mettre. J’avais un peu peur que ça fasse vraiment mal, alors je me concentrais sur sa voix, sur le fait qu’il allait doucement, qu’il s’arrêtait dès que je crispais. Petit à petit ça s’est… assoupli. C’est devenu moins bizarre. Plus chaud. Je sentais qu’il était hyper attentif, presque trop, et ça m’a aidée à me détendre. J’ai commencé à bouger un peu avec lui. Pas de façon super fluide, hein. Juste… à répondre. Et à un moment, j’ai réalisé que j’étais plus en train de stresser. J’étais juste là. Avec lui. En train de vivre ça pour de vrai. »
Elle est restée silencieuse un instant.
« Et… c’était comment, globalement ? »
J’ai souri, un peu dans le vague. « Pas l’extase. Pas les étoiles. C’était maladroit. Un peu gênant. Un peu trop concentré. Mais c’était nous. Il était là, hyper attentif, un peu perdu, super tendre. Moi aussi j’étais perdue. Et au final… on était contents. Vraiment. On est restés collés après, sans trop parler. Il m’a demandé si j’avais aimé, avec la voix toute douteuse. Je lui ai dit que oui. Que c’était bien. Même avec la fraise. »
Elle a posé sa main sur mon genou. « T’as pas regretté ? »
« Non. » J’ai secoué la tête. « Non. C’était loin d’être parfait. Mais c’était à nous. Et ça, ça comptait plus que tout. »
On est restées un moment sans rien dire. Le café était froid. Dehors, la vie continuait normalement. Moi, j’avais encore un peu le cœur qui battait juste en y repensant.
Mais lui, qu’est-ce qu’il avait vraiment en tête ce soir-là ?
La pharmacie, la douche, le soutien-gorge impossible… [Revivre cette première fois de son côté →]
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