Une histoire, deux points de vue. Vous êtes sur sa version à lui. [Lire sa version à elle →]
Ils en avaient parlé. Ils avaient dit oui. Et maintenant, entre la douche, les doutes et un soutien-gorge trop compliqué, il ne restait plus qu’à oser.
On était d’accord depuis l’après-midi. Assise sur le banc près du lycée, elle avait pris ma main et avait dit, presque trop calmement : « Mes parents ne rentrent pas ce soir. Je veux que ce soit maintenant. Avec toi. » J’avais hoché la tête. Mon cœur battait trop fort. J’avais dix-neuf ans et j’avais peur d’être nul.
Le plus dur, c’était l’achat. Devant le rayon de la pharmacie, j’étais resté planté au moins cinq minutes. Préservatifs classiques, fins, texturés, avec réservoir, sans… J’avais lu des trucs sur internet la veille. Des forums, des articles un peu gênants. « Prenez votre temps. » « Utilisez du lubrifiant. » « Ça peut faire un peu mal au début pour elle. » « Ne forcez pas. » J’avais tout noté mentalement comme une fiche de révision. Sauf que là, face aux boîtes, je paniquais. J’ai fini par prendre une boîte classique et un flacon de lubrifiant, les mains un peu moites. Dehors, j’ai respiré un grand coup. Le sachet en papier kraft me brûlait la poche.
J’ai pris une douche, c’était obligatoire. Dans la salle de bain, sous l’eau tiède, j’ai regardé mon corps dans le miroir embué. Les épaules un peu trop étroites. Le ventre pas assez plat. Les mains qui tremblaient un peu. J’ai essayé de me convaincre que ça irait. Que j’étais pas si mal. Que surtout, elle m’avait choisi.
Chez elle, l’appartement était silencieux. Trop silencieux. On est restés un moment dans le salon, debout, un peu perdus. Elle a allumé une playlist sur son téléphone, un truc doux, des guitares acoustiques et une voix basse. La musique a rempli le silence. On a ri nerveusement.
« T’as… pas trop stressé ? » a-t-elle demandé.
« Si. Toi aussi ? »
« Grave. » Elle a soufflé un petit rire. « J’ai passé dix minutes à me demander si mes cuisses étaient bizarres. »
« Tes cuisses sont parfaites. »
« T’as même pas regardé. »
« Je regarde maintenant. »
On a ri. La musique continuait en fond, douce, presque trop romantique pour ce qu’on s’apprêtait à faire.
On s’est assis sur le lit. Trop droits. Elle a vu le sachet.
« Tu as… ? »
J’ai sorti la boîte et le flacon. Elle a pris le lubrifiant, a lu l’étiquette, et a éclaté de rire.
« Ah tiens, t’as pris du lubrifiant à la fraise. »
« C’était le seul qui restait ! »
« On va sentir la tarte. »
On a encore ri, plus longtemps cette fois. Ça détendait un peu. Puis on s’est embrassés. Doucement. Comme d’habitude. Sauf que ce n’était plus comme d’habitude.
On a commencé à se déshabiller. Mes doigts ont buté sur les boutons de sa chemise. Les siens ont galéré avec ma ceinture. Quand on est arrivés au soutien-gorge, ça s’est corsé. J’ai cherché l’agrafe dans son dos, j’ai tiré, j’ai raté, j’ai réessayé. Elle a penché la tête en avant, les épaules secouées d’un rire nerveux.
« Il est piégé, je crois. »
« Laisse-moi… Attends… Merde. »
« Tu veux que je le fasse ? »
« Non, j’y suis presque. »
Trois tentatives plus tard, l’agrafe a enfin cédé. On a éclaté de rire, le front l’un contre l’autre. Elle a glissé les bretelles, un peu gênée, et a croisé les bras un instant avant de les laisser retomber. Moi, j’ai détourné les yeux une seconde, puis je l’ai vraiment regardée. Elle était belle. Et stressée. Exactement comme moi.
On s’est allongés. La lumière de la lampe de chevet était trop forte. Elle l’a baissée. Dans la pénombre, on s’est embrassés plus longtemps. Mes lèvres sur son cou, son épaule. Ses doigts dans mes cheveux. Chaque caresse était hésitante. J’avais peur de trop appuyer. Elle aussi, je le sentais à la façon dont son souffle se coupait parfois.
Quand j’ai sorti le préservatif, mes doigts ont tremblé. J’ai galéré à l’ouvrir. Le latex a un peu collé. Je tournais le truc dans tous les sens. Elle a posé une main sur mon poignet, un petit sourire au coin des lèvres.
« T’as besoin d’aide ? »
J’ai rougi jusqu’aux oreilles. « … Ouais. Peut-être. »
Elle m’a aidé, patiemment. On a mis du lubrifiant à la fraise. Trop, probablement. On a encore ri, tout bas. Puis le silence est revenu, plus dense. La musique continuait, une chanson plus lente.
Je me suis placé entre ses jambes. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’elle pouvait l’entendre. J’ai essayé d’entrer en elle. Ça n’a pas marché du premier coup. Ni du deuxième. J’ai forcé un peu trop, elle a crispé les mâchoires. Je me suis arrêté net, paniqué.
« Merde, je… Ça va ? Je te fais mal ? »
Elle a inspiré, a posé ses mains sur mes hanches. Sa voix tremblait un peu. « Doucement. Attends. C’est… nouveau pour moi aussi. » Elle a bougé un peu, m’a guidé. On a réessayé. Cette fois, plus lentement. Ça a passé. Elle a inspiré un peu trop fort. Je me suis figé.
« Continue. Lentement. »
J’ai bougé. Maladroitement. Trop conscient de chaque mouvement, du bruit des draps, de la chaleur de son corps, de l’odeur de fraise un peu ridicule. Parfois je m’arrêtais juste pour l’embrasser, pour vérifier qu’elle allait bien. Elle glissait ses bras autour de mon dos, murmurait mon prénom tout bas, un peu trop vite. On a trouvé un rythme, imparfait, un peu irrégulier. Ce n’était pas fluide. Ce n’était pas comme dans les films. C’était nous : un peu gauches, un peu trop concentrés, un peu émus, et clairement en train de découvrir en même temps.
Je sentais son souffle contre mon oreille. La façon dont ses doigts se crispaient parfois dans mon dos. La confiance qu’elle me donnait en restant là, présente, même stressée. J’avais encore peur de trop vite, de ne pas assez. Mais elle était là. Et moi aussi.
Quand j’ai joui, c’est venu presque par surprise. J’ai enfoui mon visage dans son cou, le cœur battant trop fort, un peu honteux de n’avoir pas tenu plus longtemps. Elle m’a serré contre elle. On est restés immobiles, le temps de retrouver notre respiration. La musique avait changé de chanson sans qu’on s’en rende compte.
Je me suis retiré avec précaution. On est restés enlacés, nu contre nu, sous le drap un peu froissé. Son cœur battait encore vite sous ma paume.
« T’as… aimé ? » ai-je demandé, la voix un peu rauque, déjà pleine de doute.
Elle a souri dans le noir, un sourire un peu tremblant. « Oui. C’était… nous. C’était bien. Même avec la fraise. »
Pas l’extase. Pas les étoiles. Juste elle, moi, la chaleur de nos peaux, et cette sensation d’avoir franchi quelque chose ensemble. Sans se blesser. Sans se mentir.
J’ai posé un baiser sur son front. Maladroit. Tendre. Elle a glissé une jambe entre les miennes et a fermé les yeux.
On n’avait plus besoin de parler. Ce soir-là, c’était déjà beaucoup.
Et elle, comment a-t-elle vécu cette première fois ?
Le lendemain matin, elle a tout raconté à sa meilleure amie. [Découvrir sa version →]
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