Au festival, Théo et Max ont appris deux choses ce week-end : la bière tiède à 16h, c’est une erreur. Et certaines invitations ne se refusent pas, même quand on n’a clairement pas le mode d’emploi.
La basse cogne dans ma poitrine depuis trois heures et je ne sens plus très bien mes pieds. À côté de moi, Max hurle les paroles d’un titre qu’on ne connaît ni l’un ni l’autre, un gobelet en carton à la main, une mousse tiède qui a viré au plat depuis longtemps.
C’est alors qu’elle s’approche.
Débardeur délavé, bottes couvertes de poussière, et un sourire qui sait visiblement quelque chose qu’on ignore encore. Elle danse avec nous sans qu’on l’invite, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Entre deux refrains, elle nous dit qu’elle s’appelle Eva, sans qu’on ait eu le temps de demander.
— Vous êtes ensemble, tous les deux ? elle finit par crier, pour se faire entendre par-dessus les caissons de basse.
— Amis. Depuis le collège, répond Max.
— Parfait.
Elle ne précise pas ce qui est parfait. Elle se contente de sourire, et continue de danser, un peu plus proche qu’avant.
Vers minuit, alors que le set touche à sa fin et que la foule commence à se disperser vers les tentes, elle se penche vers mon oreille. Sa voix est basse, posée, sans la moindre hésitation.
— Je rentre chez moi. C’est à dix minutes à pied. Et j’aimerais beaucoup que vous veniez tous les deux.
Elle recule d’un pas, comme pour observer notre réaction en temps réel.
— Réfléchissez. Mais pas trop longtemps.
Et elle part devant, sans se retourner, sûre qu’on va suivre.
On marche dix mètres en silence total avant que Max craque.
— Théo. Théo. Tu as bien entendu ce qu’elle vient de dire ?
— J’étais juste à côté de toi, Max.
— Non mais — tous les deux. Elle a dit *tous les deux*.
— J’ai entendu, oui.
Il s’arrête net au milieu du chemin de terre, forçant un type à le contourner en grommelant une insulte sans conviction.
— Comment ça marche, un truc comme ça ? Y’a un protocole ? Genre, qui commence ?
— Je n’en ai franchement aucune idée.
— Et les yeux. On fait quoi avec les yeux, on regarde, on regarde pas, on regarde ailleurs ?
— Max.
— Non sérieux, c’est une vraie question. Je veux pas avoir l’air bizarre à fixer le mauvais truc au mauvais moment.
Je le regarde. Il a cette panique sincère qu’on a déjà eue ensemble avant un examen oral, ou avant d’annoncer à nos parents qu’on changeait de filière en troisième année.
— On improvise, je dis. Comme pour tout le reste, depuis qu’on se connaît.
— Facile à dire, toi t’as l’air calme.
— Je suis absolument pas calme. Mon cœur tape n’importe comment depuis qu’elle a ouvert la bouche.
Ça le rassure, visiblement, plus que n’importe quel discours construit n’aurait pu le faire. Il souffle un grand coup, hoche la tête, et on reprend la marche vers les lumières de son quartier, sans vraiment savoir ce qu’on va faire de nos mains, de nos regards, ni de quoi que ce soit d’autre une fois la porte fermée.
Chez elle, tout s’accélère et ralentit en même temps. Eva ne perd pas une seconde. À peine la porte fermée, elle nous embrasse tour à tour, d’abord moi, puis Max, puis moi à nouveau. Ses baisers sont à la fois doux et affamés, comme si elle voulait nous goûter vraiment.
Elle fait glisser ma chemise le long de mes épaules avec une lenteur délibérée, ses doigts effleurant ma peau. À côté, Max se débat avec son t-shirt, nerveux et maladroit. Eva rit doucement en le voyant galérer, puis l’aide à le retirer. Une fois torse nu tous les deux, elle recule d’un pas pour nous regarder, un sourire satisfait aux lèvres.
— Vous êtes vraiment beaux, tous les deux.
Elle enlève elle-même son débardeur, révélant une poitrine ronde et parfaite. Puis elle fait descendre sa jupe et sa culotte d’un seul mouvement fluide. Nue devant nous, elle est sublime. Confiante. Affamée.
Elle nous attire sur le lit. On se retrouve tous les trois dans un enchevêtrement de bras, de jambes et de baisers. Eva m’embrasse profondément pendant que Max embrasse son cou, puis ses seins. Elle gémit doucement quand il prend un téton entre ses lèvres. Ses mains à elle ne restent pas inactives : elle caresse mon torse, descend jusqu’à mon pantalon, le déboutonne et glisse sa main à l’intérieur pour me caresser. Je suis déjà très dur.
Elle se tourne ensuite vers Max et lui fait la même chose, tout en continuant à m’embrasser. On est tous les trois haletants. Eva finit par s’allonger sur le dos et nous attire à elle. Je descends entre ses cuisses pendant que Max l’embrasse. Je la lèche lentement, puis avec plus d’intensité, savourant son goût et les petits soupirs qu’elle laisse échapper contre la bouche de Max.
Puis elle nous inverse. Max prend ma place entre ses jambes pendant qu’elle me prend dans sa bouche. La sensation est incroyable : chaude, humide, gourmande. Elle alterne entre nous deux avec une aisance qui nous rend fous.
À un moment, elle se met à quatre pattes. Je me place derrière elle et la pénètre lentement, profondément. Elle pousse un long gémissement de plaisir. Max est devant elle, et elle le prend à son tour dans sa bouche pendant que je commence à aller et venir plus fort. Le rythme s’accélère. La chambre est remplie de nos respirations saccadées, de ses gémissements étouffés et du bruit de nos corps qui claquent.
On change plusieurs fois de position. À un moment, elle me chevauche pendant que Max est derrière elle, ses mains sur ses seins. Puis c’est moi qui suis allongé et elle sur moi, pendant que Max la prend en même temps. Eva est au centre de tout, guidant nos gestes, nous encourageant de sa voix et de son corps.
On finit tous les trois épuisés, en sueur, dans un enchevêtrement de membres. Eva au milieu, une main sur chacun de nous, un sourire repu sur le visage.
— Vous étiez parfaits, murmure-t-elle.
En milieu d’après-midi, Jules nous retrouve près de la scène principale, deux cafés glacés à la main qu’il nous tend sans poser de questions — au début.
— Vous étiez où, hier soir ? On vous a cherchés partout après le concert.
Max et moi, on échange un regard. Un seul.
— J’ai fermé les yeux, je dis simplement.
— Moi je les ai gardés ouverts, répond Max. Grosse erreur.
Jules nous regarde, complètement perdu, et hausse les épaules avant de repartir vers la scène.
On ne lui dira jamais. Mais nous, on s’en souviendra à tout jamais.