Une soirée déguisée. Deux costumes qui s’attirent. Et un regard qui ne lâche plus l’autre.
La soirée battait déjà son plein quand je l’ai vue. Costume d’ange, ailes blanches un peu ridicules dans le dos, auréole en plastique accrochée de travers. Autour de moi, des vampires, des chatons, des super-héros. Rien qui m’intéressait vraiment.
Jusqu’à elle.
Elle portait une robe noire moulante, des cornes fines sur la tête, et un sourire qui n’avait rien d’innocent. Une démone. Exactement l’opposé de mon déguisement. Elle dansait au milieu du salon, au centre d’un petit groupe, les hanches suivant le rythme avec une aisance presque insolente. La robe collait à sa peau, remontait un peu trop haut quand elle levait les bras. Chaque mouvement était précis, fluide, et clairement conscient d’être regardé.
Je ne suis pas allé la rejoindre tout de suite. Je suis resté adossé au mur, un verre à la main, et je l’ai regardée. Longtemps. Elle a fini par me sentir. Son regard a balayé la pièce, s’est arrêté sur moi, et un sourire lent a étiré ses lèvres. Elle n’a pas arrêté de danser. Au contraire. Elle s’est tournée un peu plus vers moi, a ralenti volontairement, a passé une main dans ses cheveux en me tenant les yeux. Le jeu venait de commencer.
Quand la chanson s’est terminée, elle a quitté la piste sans se presser et s’est dirigée vers moi, un verre à la main.
« Tu comptes me regarder toute la soirée ou tu oses approcher, l’ange ? »
« J’évaluais le danger. »
On s’est placés un peu à l’écart. Le flirt a pris tout de suite une tournure plus serrée. Elle touchait parfois mon aile en riant, laissait ses doigts glisser trop longtemps. Moi, je laissais les miens frôler la sangle de sa robe dans le dos, juste assez pour sentir la chaleur de sa peau. On parlait de tout et de rien, mais chaque phrase était un prétexte pour se rapprocher. Elle se penchait pour me parler à l’oreille, sa poitrine effleurant mon bras. Je répondais en baissant la voix, forçant mon regard à rester sur le sien plutôt que de descendre.
À un moment, elle a repris une gorgée de son verre, m’a dévisagé de haut en bas, et a dit :
« Tu sais que ton auréole est de travers ? »
« Peut-être que j’ai besoin d’un démon pour la remettre droite. »
Elle a ri, un vrai rire cette fois, puis a posé deux doigts sur le plastique doré et l’a ajusté avec une lenteur provocante. Ses ongles ont frôlé ma tempe. On était trop près. La chaleur de la pièce, l’alcool, le bruit… tout poussait un peu plus loin.
« Il fait trop chaud ici », a-t-elle fini par murmurer. « Tu viens prendre l’air ? »
On a glissé hors du salon sans prévenir personne. Le couloir était plus calme. L’ascenseur attendait, portes ouvertes. On est entrés. J’ai appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée. Les portes se sont refermées avec un petit bruit sourd.
L’espace était étroit. La lumière blanche un peu trop crue. On s’est regardés une seconde en silence. Puis elle a avancé d’un pas, m’a plaqué doucement contre la paroi et m’a embrassé. Ce n’était plus du flirt. C’était direct, chaud, pressé. Ses mains ont glissé sous mon costume d’ange, sur mon ventre, plus bas. Moi, je tenais sa taille, puis ses fesses à travers le tissu noir.
Quand elle s’est mise à genoux, j’ai compris.
Elle a relevé les yeux vers moi, un sourire en coin, les cornes encore bien en place. Ses doigts ont ouvert ce qu’il fallait. Puis sa bouche m’a entouré. Chaude. Humide. Précise. J’ai posé une main contre la paroi de l’ascenseur, l’autre dans ses cheveux. Le moteur de la cabine ronronnait sous nos pieds. À chaque étage que nous passions, mon cœur battait un peu plus fort.
Elle prenait son temps, puis accélérait, puis ralentissait exprès. Ses mains tenaient mes hanches. Parfois elle s’arrêtait juste assez longtemps pour me regarder, les lèvres brillantes, avant de reprendre. La peur d’être interrompus rendait chaque seconde plus intense. Je sentais le plaisir monter trop vite. Je voulais qu’elle continue. Je voulais plus.
J’ai murmuré quelque chose, un mélange de son prénom et d’un juron. Elle a accéléré, plus profonde, plus rythmée. Mes doigts se sont crispés dans ses cheveux. J’étais tout près.
C’est à ce moment-là que l’ascenseur a ralenti.
Un « ding » discret.
Les portes se sont ouvertes.
On a eu à peine une seconde. Elle s’est relevée d’un seul mouvement, a rajusté sa robe, a essuyé le coin de sa bouche du dos de la main. Moi, j’ai refermé mon costume aussi vite que possible, le souffle encore court. Un couple déguisé en pirates est entré, riant, sans rien remarquer.
Elle s’est placée à côté de moi, parfaitement calme en apparence. Seul son regard, lancé vers moi en coin, disait le contraire.
Les portes se sont refermées.
On est descendus en silence. Mon corps n’avait pas encore compris que c’était fini. Le désir était toujours là, brûlant, inachevé. Quand on est sortis au rez-de-chaussée, elle a attendu que les pirates s’éloignent avant de se tourner vers moi.
Un sourire lent, presque cruel.
« On recommence plus tard », a-t-elle simplement dit.
Plus tard, bien plus tard, la soirée s’était enfin vidée. On s’était retrouvés dans une chambre à l’étage, porte fermée à clé, lumière tamisée. Les ailes et les cornes traînaient maintenant sur une chaise. Elle m’avait poussé jusqu’au bord du lit, m’avait fait asseoir, et s’était agenouillée entre mes cuisses sans un mot.
Cette fois, il n’y avait plus d’ascenseur, plus de ding, plus de pirates. Juste nous.
Elle a repris exactement là où elle s’était arrêtée. Sa bouche chaude m’a enveloppé à nouveau, plus assurée, plus affamée. Ses mains glissaient sur mes cuisses, mes hanches, me tenant exactement comme elle voulait. Je sentais chaque mouvement de sa langue, chaque aspiration lente, chaque fois qu’elle s’enfonçait plus profond.
J’ai glissé une main dans ses cheveux.
« Tu donnerais ton âme au diable pour que je finisse cette fellation ? » a-t-elle murmuré en relevant les yeux, les lèvres encore brillantes, un sourire de pure démone.
« Je te l’ai déjà donnée », ai-je répondu, la voix rauque.
Elle a ri doucement contre moi, puis a repris, plus rythmée, plus profonde. Ses doigts s’accrochaient à mes hanches. Je sentais le plaisir monter, plus fort, plus urgent que dans l’ascenseur.
«Oh OUI…continue à me sucer»
Cette fois, rien ne l’interrompait. Elle le savait. Elle en profitait.
Quand j’ai senti que j’allais basculer, j’ai essayé de la prévenir d’un murmure.
«Je vais jouir»
Elle n’a pas bougé. Au contraire. Elle a accéléré, m’a pris plus profond, et a tout avalé. Lentement. Jusqu’à la dernière goutte. Comme si c’était exactement ce qu’elle voulait depuis le début.
Je suis resté un long moment, le souffle court, les doigts toujours dans ses cheveux. Elle s’est relevée, s’est glissée contre moi sur le lit, et a posé sa tête sur mon épaule. Les cornes étaient tombées quelque part dans le désordre, l’auréole aussi.
Dans le silence de la chambre, elle a murmuré, presque amusée :
« L’ange est tombé. »
J’ai embrassé sa tempe.
« Et le démon a tout pris. »
On est restés comme ça, enlacés, jusqu’à ce que le jour commence à pointer. La soirée était finie. Mais la nuit, elle, avait tenu toutes ses promesses.
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